Plusieurs études ont récemment attiré l’attention sur une baisse de la qualité du sperme dans certains états européens. Ce phénomène semble s’accompagner d’une augmentation de la fréquence du cancer du testicule. Ce que certains appellent déjà une dysgénésie testiculaire aurait des origines plus environnementales que génétiques.
Un travail très original conduit simultanément en Finlande et au Danemark semble en faveur de cette hypothèse.
Les auteurs ont considéré que la prévalence de la cryptorchidie dans une population pouvait être un marqueur de cette dysgénésie. Ils ont donc étudié deux cohortes de garçons de façon identique à Copenhague et à Turku en Finlande. Les 1068 enfants danois et les 1494 Finlandais ont été recrutés avant la naissance et examinés avec les mêmes critères diagnostiques de cryptorchidie peu après leur naissance et à 3 mois.
La prévalence de la cryptorchidie à la naissance était de 9 % à Copenhague contre 2,4 % à Turku. A trois mois les prévalences respectives étaient de 1,9 % et 1 %. Pour contrôler que ces différences hautement significatives n’étaient pas dues à des facteurs de confusion, les résultats ont été ajustés en fonction de différents critères pouvant influencer la cryptorchidie comme le poids de naissance, l’âge gestationnel, le fait d’avoir un petit poids de naissance pour l’âge gestationnel, l’âge maternel, la parité et le mode d’accouchement. Après ces ajustements, les disparités géographiques ont persisté avec un risque de cryptorchidie à la naissance multiplié par 4,4 au Danemark par rapport à la Finlande (p<0,0001) et par 2,2 à trois mois (p=0,039).
Quelles sont les causes de cette prévalence élevée de la cryptorchidie dans certaines régions ? Une étiologie génétique semble peu vraisemblable puisque d’une part, les populations des deux pays sont peu différentes et que d’autre part et surtout, des séries historiques réalisées dans des conditions similaires dans les années 50 au Danemark avaient retrouvé des prévalences quatre fois plus faibles de la cryptorchidie. Des travaux britanniques ont d’ailleurs également constaté une forte augmentation de la prévalence de la cryptorchidie au cours des 40 dernières années.
Les facteurs en cause doivent donc être environnementaux. Il pourrait s’agir de contamination par des polluants agissant sur certains mécanismes endocriniens fins in utero. Les liens entre cryptorchidie, cancer du testicule et trouble de la fertilité masculine étant importants, l’identification de ces éventuels polluants qui seraient à l’origine de cette « épidémie » de cryptorchidies paraît devoir être une priorité de santé publique.
Dr Anastasia Roublev
Boisen K A et coll. : “Difference in prevalence of congenital cryptorchidism in infants between two Nordic countries.” Lancet 2004; 363: 1264-69. © Copyright 2004 http://www.jim.fr
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